Flavien Eripret et Alexandra Caignon

Flavien Eripret et Alexandra Caignon

Patrick Zachmann, Chine, Pékin, Chang An Avenue, 18 mai 1989. Camions avec des étudiants et des travailleurs vers
la place Tiananmen pour rejoindre les grévistes.

Patrick Zachmann, photographe, photojournaliste et cinéaste français, s’étant particulièrement intéressé aux quartiers Nord de Marseille, à la mafia napolitaine, à l’émigration malienne, ainsi qu’à la diaspora chinoise, nous livre en mai 1989 cette photographie où s’exprime la joie dans la lutte entreprise par des citoyens chinois de toutes origines sociales. Cette photographie dépeint l’espoir des ouvriers, des intellectuels et des étudiants chinois lors des manifestations de la Place Tian’anmen qui se déroulèrent du 15 avril au 4 juin 1989. Ils manifestaient pour l’obtention de plusieurs réformes tant politiques que sociales. Ces manifestations ont vu le jour du fait du climat politique sous le gouvernement de Deng Xiaoping qui permettait plus d’ouverture envers une réforme de certains aspects politiques, économiques et sociaux. Le vent de changement qui s’opérait simultanément en Russie sous la gouvernance de Mikhail Gorbatchev inspirait donc une partie de la société chinoise. Le gouvernement chinois comportant alors une branche encline à certaines réformes et une autre branche plus conservatrice se montre partagé jusqu’à l’arrêt des négociations avec les manifestants et la promulgation de la « loi martiale du 19 mai 1989 ». Le sens de cette photo est lourd d’ironie puisqu’à première vue elle nous inspire une victoire et la joie qui en résulte.

Cette photo a été publiée le 18 mai 1989. Le lendemain soir, la loi martiale fut adoptée après le discours de Zhao Ziang jugé trop
laxiste et commença alors le démantèlement, orchestré par l’armée chinoise, des manifestations et de l’occupation de la place de la Porte de la Paix Céleste. Pourtant, la photographie de Patrick Zachmann semble présager une tout autre suite. Le cliché semble presque mouvant par la présence d’une foule en puissance. Celle-ci ajoute du relief et du mouvement par tous les drapeaux brandis, qui se trouvent flous ici. Un certain bouillonnement s’y dégage donnant presque l’impression de participer à cette scène historique. Il se fait aussi ressentir de toute cette population un sentiment de joie
intense et victorieux, sentiment d’autant plus accentué par la nuit qui marque la fin d’un périble accompli. Émane alors de ces révoltés un souffle de liberté extraordinaire. Luttant pour la démocratie, luttant pour la liberté, cette photo n’est pas sans rappeler le tableau d’Eugène Delacroix, La Liberté guidant le peuple ; un même but mais malheureusement une finalité toute autre. Malgré le bonheur triomphant qui se dégage ici et semble annoncer un futur nouveau, le mouvement est réprimé le 4 juin 1989.
Ce cliché n’est pas le seul à immortaliser les manifestations du Printemps de Pékin ; durant toute cette période, Patrick Zachmann va nous faire revivre et comprendre l’élan de rêves et d’espoir mais aussi les moments de douleur qui ont transporté la Chine à une époque, au travers de nombreux clichés que l’on retrouve dans son livre So long, China, 1982-20151. Ce livre, qui a valu au photographe le Prix Nadar 2016, est avant tout le récit de l’histoire d’un pays en pleine mutation, mêlant photographies et extraits du journal de bord de Zachmann. Cet ouvrage de 345 clichés s’ouvre ainsi à l’intimité historique et culturelle d’une société où règnent la censure et la manipulation. Au-delà d’une photographie, Patrick Zachmann nous offre ici un véritable témoignage.
1Patrick Zachmann, So long, China, 1982-2015, Paris,
Editions Xavier Barral, 2016, (592 p.)
Compétences

Posté le

15 avril 2017

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