Kévin Pereira et Camélia Kheiredine

Kévin Pereira et Camélia Kheiredine

Le Shangai Disney Resort :
Symbole des ambitions chinoises

Disneyland c’est la magie, mais Disneyland c’est l’argent aussi.
Le 16 juin 2016 fût inauguré le 6ème parc Disneyland du monde. Après la Californie, la Floride, Paris, Tokyo, et enfin Hong Kong depuis 2005, c’est au tour de Shangaï d’accueillir la chaîne de parcs d’attractions la plus connue au monde.

Disney a fait fort pour ce site : pas moins de 400 hectares lui ont été consacrés. Bien que le groupe réalise 80% de son chiffre d’affaire sur son sol américain, Shangaï a été choisie par Disney pour potentiel économique et touristique. Presque 20 millions de personnes habitent la ville, qui est notamment la plus peuplée du pays. Après 10 ans de travail, dont 5 dédiées au chantier, l’ouverture a pu avoir lieu l’année dernière, alors qu’elle était initialement prévue pour fin 2015. Le budget initial de 3,75 Milliards a été explosé pour atteindre les 5,5 Milliards de dollars (environ 4,9 milliards d’euros).

Les profits dégagés seront divisés entre 2 groupes qui se sont associés pour partager cet investissement gigantesque : le groupe américain Disney qui détient 43% du capital de la nouvelle société, et le groupe public Chinois Shendi, propriété totale du gouvernement Chinois qui détient 57% du capital. En effet, Disney est magique, mais Disney doit être rentable. En 2015, le groupe a enregistré un chiffre d’affaire de 54 milliards de dollars. Ce qui est devenu le plus grand parc des parcs Disneyland du monde devrait rapporter 3 milliards d’euros par an, ce qui est une prédiction audacieuse mais qui risque d’être effective, surtout lorsque l’on sait que les billets 20 000 pour la journée d’inauguration ont été vendus en 30 minutes.

L’ouverture de ce nouveau parc révèle bien des enjeux économiques, mais aussi politiques et culturels.

La course à l’hégémonie culturelle : éternelle compétition entre les Etats-Unis et la Chine.
« Comme Walt a fait grandir la marque de Disney aux Etats-Unis avec [le premier] Disneyland dans les années 1950, nous pensons qu’il y a une possibilité de faire la même chose en Chine », expliquait le patron de Disney, Robert Iger, à des investisseurs en 2009, juste après avoir obtenu une autorisation essentielle pour l’ouverture du parc de Shanghaï. Un jour des liens de concurrence. L’autre jour des liens de coopérations. Les relations sino-américaines sont bipolaires. Ni alliés, ni ennemis. Ces deux superpuissances ont gravé à l’encre indélébile un leitmotiv obsédant que l’on peut parfois lire dans leur anciens contes : celui d’avoir la main mise sur le monde. Celui de gouverner le monde. Celui de le diriger. Par la force, le hard-power. Mais aussi par la puissance douce, le soft-power.

Longtemps à la traîne dans la volonté de diffuser sa culture, La Chine n’a pas eu d’autre choix dès le XXIème siècle, que d’entamer des stratégies de réflexion autour de la notion même de culture. L’essor de son soft power a été lent. Difficile. Ralentit. Mis de côté. Et complètement dévoré par le géant américain. Mais la mondialisation culturelle a boosté les perspectives chinoises et l’a fait redessiner certains de ses objectifs. L’économie et la croissance à deux chiffres ? La Chine connaît. La puissance militaire ? La Chine connaît. La culture mainstream ?

La Chine est entrain de comprendre l’enjeu essentiel de la maîtrise de ses codes ! L’Empire du Milieu veut marquer son empreinte et cette marcation passe notamment par la collaboration. Un Disneyland en Chine peut cacher un message politique, une ambition politisée, celle de laisser, pour une fois, une ouverture subtile à l’Occident. Une possibilité qui permet à celle-ci de pénétrer, le temps d’un instant, et uniquement par intérêt, le décor chinois tant difficile d’accès. « Sois proche de tes amis, et encore plus proche de tes ennemis. » N’est-ce pas !

Minnie et Mickey à la conquête de l’Empire n’est cependant pas au goût de tout le monde. Avec son premier parc « Wanda », inauguré en mai 2016, l’homme le plus riche de Chine, Wang Jianlin, déclare la guerre à Disney. Il explique, lors d’une interview donné à CCTV, que « Face à « l’invasion » des cultures étrangères, « nous voulons être un modèle (…) et réaffirmer la force d’influence des Chinois dans le domaine culturel » et de continuer « La folie autour de Mickey et Donald Duck est passée, l’époque où nous imitions Disney aveuglément est révolue ». Des tigres d’un côté, des souris de l’autre et au milieu ? Une Chine tiraillée entre cette volonté de doper son soft-power mais aussi celle de ne jamais ô grand jamais être « la petite suiveuse » des Etats-Unis.

Kévin Pereira et Camélia Kheiredine

 

Compétences

Posté le

17 avril 2017

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