Nathalie Phothisa et Flora Maytraud

Nathalie Phothisa et Flora Maytraud

A Touch of sin est un film réalisé par le cinéaste chinois Jia Zhang-Ke, sorti en 2013, qui portraite 4 destins révoltés sur le territoire chinois, inspirés par des faits réels. Pour vous illustrer la portée critique de ce film, il a été interdit à l’exploitation sur tout le territoire chinois. Nous nous focaliserons ici sur la première histoire, celle de Dahai, mineur dans la région du Shanxi, et plus particulièrement sur les premières séquences de celle-ci, de 4:59 à 12:37 (#précision).

Replaçons-nous dans le contexte, cet ouvrier est révolté par la corruption de ses supérieurs, qui ont « vendu » le site minier au secteur « privé », et entend la faire taire.

Dans les premiers plans nous retrouvons Dahai qui se dirige en mobylette vers l’entrée du temple de La Montagne de l’Or Noir, sous un ciel blanc et neigeux, comme innocent.Les plans sont larges, panoramiques : le sujet se retrouve submergé par le paysage, perturbé par l’irruption visuelle, sonore (et morale ?) de la police. Cette domination du paysage sur l’humain pourrait s’expliquer par la composition du paysage de la région, mais nous pensons que c’est un réel choix du réalisateur. En effet, la proéminence du bien commun, sur l’individuel nous semble symptomatique d’une relation « Etat »/ »citoyen » qui a perdu tout son sens.

On retrouve aussi dans ces premières séquences, deux présences, celle de l’ancestral, par l’arche d’entrée du temple de La Montagne de l’Or Noir, et celle de la police, fonçant à tout va dans ce décor pourtant si paisible. Une autre figure semble mêler les deux précédentes : la statue de Mao Zedong, dans le village du temple, qu’on ne voit d’ailleurs jamais alors qu’il est censé être le centre du village. La sculpture de Mao surplombe la scène de rencontre entre Dahai et des personnes à la recherche d’une certaine route, avec un intriguant tableau de la Vierge Marie dans leur fourgon. Subtilement, on aperçoit aussi qu’au cours du même plan, la tête de Mao passe progressivement hors-cadre, comme si son omniprésence était bien trop lointaine pour atteindre les habitants de la province reculée.

Lorsque Dahai entre dans la salle de repos des ouvriers, nous nous retrouvons en face d’une narration de la vie ouvrière à travers la mise en scène. Dahai entre au moment de la pause déjeuner, tous les ouvriers réunis dans une même pièce, mangent debout un bol de nouilles. Aucun siège ni banc n’est présent dans cette pièce commune. Leurs gestes sont répétitifs et synchronisés, l’individu disparait au dépend du groupe social. Les ouvriers ont tous la même attitude, le même comportement, les mêmes vêtements. Elle pourrait être interprété comme une critique de l’industrialisation massive de la poussant les ouvriers à se comporter de manière machinale, devenant eux-mêmes les outils de la production, car même leur façon de manger semble automatisée (cf. Les temps modernes). L’entrée de Dahai dans la pièce casse se rythme machinal. En effet, le personnage est tant dans son esprit que dans ses actions, l’élément perturbateur. Il ne veut plus suivre l’ordre régit dans la ville et se révolte contre la société.

La scène qui suit est une discussion entre Dahai et deux autres ouvriers dans lequel est évoqué le stoïcisme de l’ordre social établi. Elle est tournée en plan-séquence qui rajoute de la force à la scène. Il y a d’un coté la légèreté et l’ironie sur lequel les personnages parlent de la corruption dans le village, de l’autre coté la cruauté flagrante de la situation. On oscille entre les deux ouvriers qui n’ont plus d’espoir et Dahai pour qui le changement est à venir. Cette scène va d’ailleurs être interrompue par l’entrée du chef de l’usine qui fait sortir les ouvriers pour un contrôle des migrants. C’est cette fois l’autorité qui va rompre la discussion en cours. Nous pouvons y voir un parallèle entre Dahai et le chef de l’usine.

La suite est une sorte de confrontation entre les deux personnages représentant pour l’un le peuple et pour l’autre l’autorité.

Cet extrait montre toute la complexité de la vie des ouvriers chinois, entre aliénation et révolte…

On espère que cette brève analyse vous aura intrigué et donné envie de regarder ce film, tchuss !

Nathalie Phothisa et Flora Maytraud

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Posté le

27 mars 2017