Ophélie Pichlack

Ophélie Pichlack

Liu Bolin est un photographe chinois, né dans la province de Shandong en 1973. Il est diplômé de l’Ecole des Beaux-Arts de Beijing (Pékin) en 2001. Il connaît rapidement une célébrité internationale grâce à sa série Hiding in the City (Se cacher dans la ville – 2005) dans laquelle il se fait photographier dans des performances le présentant en « Homme Invisible ».

Issu de la génération qui succède à la Révolution Culturelle, élevé dans le boom économique et la stabilité politique chinoise récente, Liu Bolin fait partie d’une génération particulièrement sensible à l’énorme mouvement de transformation sociale et économique du pays, à la mutation forcenée de ses paysages et à l’impuissance de l’individu par rapport à ces événements dont l’échelle le dépasse.

La destruction en novembre 2005 par le gouvernement chinois du village artistique de Suo Jia Cun, un quartier de la banlieue de Pékin, où il avait son atelier et où réside une centaine d’artistes. Cette démolition se fait au profit de la reconstruction de la capitale en vue des Jeux Olympique. Touché directement par cet événement l’artiste contemporain décide d’utiliser son art comme un moyen de protestation silencieuse pour attirer l’attention sur le manque de protection des artistes chinois de la part de leurs dirigeants politique. C’est donc ainsi que né l’expert du camouflage. Avant d’être photographe, Liu Bolin, a été sculpteur, il se met à la photographie à la suite de la destruction de son atelier.

La première image qu’il produit le met en scène dans les ruines de son studio d’artiste. Fondu dans cet environnement dévasté il démarre sa contestation silencieuse.

«Les lieux que je choisis doivent faire référence de façon très forte à des symboles comme la politique, l’environnement, la culture, etc. que j’entends évoquer», a expliqué Bolin à Slate.com dans une interview par mail.

Inspiré par Picasso et Andy Warhol, Bolin travaille avec une équipe d’assistants qui passent environ cinq heures à le camoufler une fois qu’ils ont choisi le décor. Bolin est sa propre doublure, se glissant dans le cadre tandis que les meilleurs angles sont choisis.

Dénonçant la surconsommation, la pollution… Cet artiste chinois est aujourd’hui mondialement connu, paradoxale pour un homme qui a pour art de disparaître à travers tous les décors qu’il choisit d’habiter.

Lorsqu’il se camoufle il rentre dans un anonymat complet, donnant aux spectateurs de ses clichés une sensation d’identification.

Les yeux fermés et cette posture immobile sont pour Bolin une contestation silencieuse, un refus d’observer, d’accepter les déviances de son pays.

Sa posture relève ainsi de la dignité du témoin, seul, situé dans le cadre qu’il dénonce implicitement : le temple du Ciel à Pékin (lieu de l’Empereur), le drapeau de la Chine populaire, Tian’anmen, le triomphalisme du stade en nid d’oiseau des JO, des vitrines de panda, les affiches politiques de la nouvelle génération, etc…

Si le camouflage est un outil de guerre pour les soldats, le photographe est ici soldat d’idée.

Il est bien « ni actif, ni passif », il est présent.

La disparition quasi-totale de l’artiste dans les décors qu’il choisit peut aussi nous ramener à notre condition d’être humain dans n’importe quelle société contemporaine moderne, et plus particulièrement dans une grande ville. L’individu est aujourd’hui fondu dans un quotidien, une masse dans laquelle il devient invisible. Nous pouvons là aussi noter le paradoxe, chaque personne calme une individualité qui en définitive est liée à un tout indissociable.
Ce voyage est pour nous l’occasion de découvrir un nouveau pays, de nouvelles villes, une nouvelle culture, espérons que nous aussi nous aurons le don de disparaître dans la masse afin de pouvoir observer de plus près et au mieux une culture vieille de plusieurs millénaires. Afin de découvrir et d’appréhender au mieux ce que nous allons découvrir. A défaut de dénoncer silencieusement, apprendre te comprendre pourrait être notre enrichissement.

Compétences

Posté le

17 avril 2017

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