Power Station of Arts

Power Station of Arts

POWER STATION OF ART: vernissage

 

Invités à un vernissage d’art contemporain ou le buffet nous est interdit, nous nous retrouvons contraint à visiter l’exposition d’un centre culturel huppé.

 

Dépéchez vous de construire cet instant avant qu’il ne s’évanouisse

 

A l’image de l’effervescence de Shanghaï, la performance qui trône le temps du vernissage dans le hall de la Power Station of Art, haut lieu d’art contemporain en Chine, fait l’éloge de l’évolution permanente. Collective. Chronométrée. A marche forcée.

La Power Art Station accueille les visiteurs entre ses murs de béton nus (comme tout institut d’art contemporains qui se respecte) par une installation de lattes de bois, déplacées régulièrement par un groupe d’ouvriers. Ils escaladent un échafaudage pour retirer une des planche de bois, puis la réinstaller à la même place la minute suivante, dans un ballet absurde. A mieux y regarder ces planches forment des chiffres. Quatre chiffres côte à côte, qui donnent l’heure, actualisée à chaque minute par les ouvriers. Ils sont organisés, efficaces, mais surmenés. La cadence et la répétition de leurs gestes à chaque minute met en évidence le vertige de cette transformation permanente, qui à l’image des minutes qui s’écoule, avance inexorablement.

A travers nos yeux frappés par le bouillonnement continu de Beijing et Shanghaï, dont l’accroissement paraît inéluctable fait écho à ce mouvement cyclique, permanent et si prévisible qui pourtant ne s’enraye pas.

 

 

Suffoque et hallucine, 12 minutes où l’espace disparaît

 

A l’entrée on construit le temps, à l’étage le temps limite l’espace. Moultes mise en garde tentent de dissuader les visiteurs de passer une porte gardée par deux hommes, et devant laquelle une file d’attente se forme. A chaque fois que la porte entrebâillée de la fumée s’en échappe. La curiosité est trop forte, il faut y aller. Attendant patiemment derrière le cordon de sécurité, le regard fixé sur la poignée de porte nous trépignons d’entrer dans la boîte de Pandore. Nous y entrons en groupe et le brouillard nous absorbe. On ne voit plus, sent plus. Ou seulement une écoeurante odeur de gaz artificiel. Les couleurs se mélangent et la lumière nous martèle par assauts succincts et répétés. L’attaque des stroboscopes nous arrache le peu de repères qu’il nous reste, et nous plonge dans un tournis qui s’estompe pa même en fermant les yeux. Le moment s’allonge alors qu’on ne peut s’en extraire et impose son intensité. Le guide nous attrape par le bras et nous fait comprendre qu’il est temps de sortir. Comme un voyage, nous nous retrouvons hébétés à la sortie sans pouvoir rassasier la curiosité de nos camarades restés à l’extérieur quant à ce qu’il se trame derrière la porte noire.

 

 

Paradis artificiels

 

Bien que Shanghaï, symbole de la Chine nouvelle, se passione pour l’art contemporain et propose une vitrine culturelle riche pour asseoir son rayonnement, l’art est lui aussi soumis au comité de censure. Même au coeur d’une institution telle que la Power Station of Art que l’on nous a présenter comme le pendant oriental de Beaubourg le nu artistique reste indécent. Du bout des lèvres on nous confie qu’il s’agit de sujets trop “classiques” pour les ambitions futuristes du musée.

 

L’hermétisme de l’art contemporain est tel qu’on ne peut l’évoquer qu’en écrivant des textes aussi abscons que les oeuvres elles mêmes. Serait ce à dire que durant cette courte sortie au musée a suffit à rendre les joyeux lurons de P8 poètes? Non certainement pas. En revanche ils se sont demandés pourquoi une censure culturelle aussi drastique qu’en Chine cautionne une apologie de la drogue si explicite.

 

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Après notre rencontre avec l’artiste … dont les œuvres contemporaines participatives avaient fait l’unanimité au sein du groupe, nous avons goûté à notre premier musée d’art contemporain chinois. Le bilan est tiède, avec des avis contrastés sur l’exposition de la part du groupe, plus ou moins accoutumé à l’art contemporain.
Reconversion d’une ancienne centrale thermique désaffectée, la Power Station of Art a de quoi surprendre et impressionner. Avec sa chaudière monumentale colorée de rouge, l’énorme bâtiment ne manque pas de cachet. Thermomètre géant ressortant sur le fond bleu du ciel, il attise la curiosité et invite à prendre la température du lieu. L’intérieur nous réserve d’autres surprises avec une performance organisée à l’occasion du vernissage. Des ouvriers en tenue de travail, perchés sur un …, s’activent pour remplacer un chiffre. Ils ne leur restent que quelques secondes pour annoncer l’ouverture officielle de l’exposition prévue pour 19h. 18h57, 58, 59, les ouvriers redescendent à toute vitesse. Ça y est, l’exposition Body Media Art II a débuté et une performance des plus symboliques vient de s’achever. Dans le prolongement de l’exposition Body Media Art de 2007, le musée a convié des artistes réfléchissant sur le lien entre nouvelles technologies et corps humain. Nous venons d’assister à la lutte d’hommes en bleu pour rivaliser avec la machine à aiguilles et se conformer au temps accéléré de l’ère du numérique.

 

La seconde œuvre que nous observons est l’installation Flow of life de Chiharu Shiota, non moins spectaculaire. D’une hauteur de 22 mètres, s’étalant sur deux étages, cette cascade de lits d’hôpital recouverte de fils à perfusion gorgés d’un liquide rouge sang est pour le moins évocateur. Elle questionne le rapport au corps, dont l’absence est rendue prégnante par les lits vides, symbole du temps qui passe, de la maladie, de la mort peut-être. Le groupe est dans l’ensemble conquis par les premières œuvres, mais les travaux suivants suscitent la perplexité. Sur un écran, grésille une image, comme une pellicule usée ; sur des petites télés un homme est déplacé dans des positions incongrues,  humain désincarné, devenu simple forme géométrique. Pressés par le temps, nous traversons les salles au pas de course pour pouvoir participer à l’œuvre immersive. Elle est interdite aux épileptiques, aux migraineux et les médiateurs nous font lire les consignes à plusieurs reprises. L’anxiété est palpable mais personne ne se refroidit. A la file indienne, nous rentrons à 6 dans une salle enfumée. Nulle visibilité, une fumée blanche envahissante qui nous prend à la gorge, emplit nos narines. Soudain des images se succèdent à toute vitesse. Tel un film en accéléré, notre œil n’en capte que des bribes, sursollicité. Les formes et les couleurs donnent un aspect psychédélique à l’expérience, prise artistique d’amphétamines en puissance. La transformation de notre rapport à l’image avec les nouvelles technologies est ici démontrée, exacerbée. L’exposition aura plu à certains, mais aura rencontré l’incompréhension et l’insatisfaction d’autres, portés sur un art plus classique. Pour ma part, j’ai trouvé certaines œuvres osées et inhabituelles, un bol d’air frais après l’art traditionnel de Pékin. Comme dit un vieux proverbe chinois « le beau est toujours bizarre » (maitre Baudelaire).

Jeanne Schelle, Marie Tomaszewski, Charlotte Christiaën.

 

Compétences

Posté le

30 mai 2017

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